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 Jeux d’enfants [Alyce Arthaer]

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MessageSujet: Jeux d’enfants [Alyce Arthaer]   Jeu 20 Mar - 8:40


Le palais d’Onyx, sombre structure, épine dans le monde de l’est, comme un phare de puissance d’où émergeaient sans cesse une marée d’êtres humains armés, le palais d’Onyx donc se tenait encore un peu assoupi.

Une aube glauque avait jailli à l’horizon, transperçant difficilement une brume matinale qui recouvrait tourelles, toitures, et murailles d’un voile blanc laiteux. Les gardes resserraient leurs mains sur leurs lances, les vigiles se tenaient à l’affut : une telle purée de pois aurait été idéale pour une éventuelle attaque surprise. Depuis les nouvelles volontés du nouvel empereur, chacun sentait plus intensément que la guerre avec Argent approchait, et beaucoup se demandaient si l’empire honni, le rival de ces terres, ne serait pas le premier à attaquer dans une frappe préventive.

Pourtant, à l’arrière des murailles, dans les vastes jardins entretenus par des esclaves dociles, on entendait le rire d’une petite fille.

« Oui, oui, ouiiiii » disait-elle de sa petite voix flutée. Devant elle dansait une lueur. Quand on s’approchait, on voyait que cette dernière provenait d’un cercle de flammes, généré par la combustion apparemment spontanée d’un arbrisseau qui autrefois avait dû faire la fierté d’un humble jardinier.
« Papa, c’est trop rigolo ! Je veux recommencer ! J’adore ta magie ! »
La gamine avait des cheveux noirs comme la suie, des bras et jambes maigrelettes. Elle portait une robe rouge et noire sur laquelle dansait la lueur du feu, et avait noué ses cheveux en deux tresses entremêlées qui tombaient dans son dos. Ses yeux étaient noisettes, pétillants d’une énergie et d’une malice vivace. Elle ne tenait pas en place, sautillant, courant, chantant, autour du feu de joie. De ses mains jaillissaient de petites étincelles.

Elle s’adressait à son père adoptif : Umbriel W. Maxwell, récemment introduit à la cour, et qui la fixait de ses yeux jaunes sans ciller. Un sourire jouait sur ses lèvres, tandis qu’il fumait un cigare. En tenue décontractée, sa veste était posée à côté de lui : il ne portait plus qu’une chemise blanche rehaussée d’un gilet à carreaux du dernier cri. Son pantalon à rayures accentuait encore son apparence filiforme, tout en longueur. Le sorcier souffla un large jet de fumée, et déclara :

« Tu ne le contrôle pas encore très bien, Willow. Recommence, et applique-toi un peu.
- Oui papa ! »
La gamine tendit les bras, attirant les flammes comme si ces dernières avaient été vivantes. Les flammèches, comme un animal de compagnie, s’enroulèrent autour de ses bras, et la petite se mit à danser dans le jardin, riant encore plus fort.
« Papa, il ne restera bientôt plus aucun arbre ici si tu laisses Willow s’exciter », déclara une voix sous les jambes d’Umbriel.

La petite fille qui se tenait assise là, sagement agenouillée sur une nappe à carreaux, venait de relever les yeux de son livre. Elle avait les cheveux aussi blonds que ceux de sa sœur adoptive étaient noirs, et des yeux d’un bleu très clair, presque glacé. Son physique était plus adulte que celui de sa sœur, marquant quelques débuts de courbes féminines. Sa voix aussi était bien plus posée. Elle avait une robe mignonne, toute en nuance de bleu, de blanc et de mauve, et une jolie fleur rosée dans ses cheveux impeccablement coiffés et ondulés.
Umbriel la regarda d’un air attendrit.
« Ne t’en fais pas. Elle se contrôle bien mieux.
- Je m’ennuie un peu, Papa. Sommes-nous obligés de rester ici ?
- Je pensai que ça te plairait de sortir par ce brouillard. Et puis les jardins sont beaux, non ? »
La petite fille poussa un soupir.
« Oui, la brume matinale fait soupirer mon cœur, et me rappelle ces landes honnies où ma souffrance est née, mais que puissè-je à ma lassitude ? En vérité « L’horreur et la fatalité se sont donné carrière dans tous les siècles ». »
Umbriel tourna les pages du bouquin d’un geste nonchalant, et pointa du doigt un autre passage.
« Toutes les choses sont bonnes ou mauvaises par comparaison » lit elle a haute voix. « Oui, c’est vrai. Merci papa. Mais tout de même, j’aimerai bien qu’il se passe quelque chose d’impromptu. Je m’ennuie. »

Dans le lointain, Willow continuait de danser, hypnotisée par les flammes qui tournoyaient autour de ses bras.

« Je t’apprendrai un peu de magie plus tard, si tu veux. » dit Umbriel à sa fille. « En attendant… Je crois entendre quelqu’un approcher. Peut-être pourras tu jouer avec lui ? Surtout si c’est un serviteur »

La petite fille blonde eut un sourire qui n’aurait jamais dû danser sur le visage d’un enfant. Dans la brume, le rire de sa sœur brune, qui venait de mettre feu à un parterre de fleurs, s’éleva à nouveau…
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MessageSujet: Re: Jeux d’enfants [Alyce Arthaer]   Dim 23 Mar - 16:24

Dans une immense chambre rose et blanche, où trônait fièrement un lit à baldaquin dont les quatre rideaux blancs étaient encore fermés, se trouvaient la fille adorée de l'empereur qui dormait d'un sommeil profond, cachée sous sa grande couverture en soie rose pâle décorée de dentelle blanche. Au fin fond de son grand lit, Alyce était roulée en boule, noyée dans sa chemise de nuit blanche, rêvant d'un lapin blanc et d'un chapelier buvant du thé au milieu d'une forêt.
Et puis soudainement, le bruit d'une porte grinçante résonna dans la pièce. Il était l'heure pour la petite impératrice de se lever pour se préparer à son cour de sorcellerie. Et fip, les rideaux blancs qui se tirent ! Une main se promena sur le lit, cherchant certainement la fillette sous sa couverture, tandis qu'une douce voix s'élevait

"Mademoiselle Alyce, réveillez vous..."

Ni une ni deux, la volonté fut faite. La petite fille ouvrit ses grands yeux bleus marins, toute ensommeillée, et grommela quelque chose comme "oh non pas déjà...". Et puis finalement, on put voir des petits doigts sortir de leur cachette, suivis par une chevelure noire comme le charbon, mais qui semblait pourtant tellement douce et soyeuse. Alyce fixa pendant un court moment sa nourrice, puis souleva d'un grand coup sa couverture, comme pour dire "ok, vas-y!", tandis que la jeune dame qui était entrée se pencha vers elle pour l'aider à descendre de son lit.
Les 40 prochaines minutes furent bien longues pour l'enfant, qui se débattait avec sa robe et ses petites ballerines. Au final, Alyce était habillée tout en rose, telle une grosse guimauve. Dans ses cheveux était attaché un noeud, rose également, qui lui maintenait ses mèches rebelles pour éviter qu'elles ne retombent devant ses yeux. Sa robe rose pâle lui arrivait aux genoux, et possédait un col blanc classique et des manches courtes un peu bouffantes. Ses jambes étaient cachées par des collants blancs opaques, et ses petites chaussures, du même rose que sa robe, étaient attachés par une simple lanière sur le dessus.
Enfin prête, Alyce se mit à réfléchir à son plan; comment échapper à la surveillance de sa nourrisse ? Elle n'avait pas faim, et voulait s'amuser dans la brume qu'elle avait vu par la fenêtre. De plus, elle avait cru voir comme des lumières étranges, et, petite curieuse qu'elle était, elle était bien décidée à découvrir ce que c'était. Elle attendit bien sagement que la dame qui l'avait réveillée s'en alla pour aller faire son lit, hochant docilement la tête après son "ne bougez pas je reviens", et fila aussitôt sur la pointe des pieds dès qu'elle le put.

Enfin libre ! A peine avait-elle passé le pas de la porte qu'Alyce fonça vers les escaliers. Une à une, elle descendit les escaliers principaux, assez grands pour contenir toute une troupe, en se tenant comme elle pouvait à la rampe avec ses deux mains. A quelques mètres se trouvaient l'immense porte en bois du château, surveillée par quelques gardes. Mais Alyce n'en était pas à son coup d'essai, elle savait très bien que jamais elle n'arriverait à sortir par là. De ce fait, elle se dirigea vers la porte des cuisines, et se glissa jusqu'à la petite porte qui donnait sur la cour.
Respirant un grand coup pour se remplir les poumons, l'enfant jubila. Elle était enfin dehors ! Aussitôt, elle promena ses yeux sur toute la court, et afficha un grand sourire en apercevant les boules de lumières jaillir. Elle se dirigea instinctivement vers ces boules, tandis qu'un serviteur sortait des cuisines.
De loin, elle put voir, ou plutôt entendre, ce serviteur se faire ennuyer par ce qui semblaient être deux filles un peu plus agées qu'elle, si on se fiait aux rires qui résonnaient dans toute la cour. Pendant ce temps là, la petite princesse dit le tour d'un grand parterre de fleur et manqua au passage de se cogner à quelque chose. Qu'était-ce donc ? Malgré la brume, elle aperçut comme de grandes rayures noires et blanches verticales qui semblaient s'éterniser vers le ciel. Après tout, quand on a six ans, tout semble tellement grand.
Peu sûre d'elle, Alyce avança sa main vers ce qui semblait être un pantalon en tissu, et tira dessus comme à son habitude lorsqu'elle veut obtenir l'attention de quelqu'un. Ses grands yeux bleus étaient rivés sur l'inconnu en face d'elle, et de sa petite voix fluette, elle s'adressa à lui.

"Dis, tu es grand toi. Qui es tu ?"
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MessageSujet: Re: Jeux d’enfants [Alyce Arthaer]   Mar 25 Mar - 14:20

L’instant suivait son cours lorsque soudain…

« Dis, tu es grand toi. Qui es tu ? »

Une traction inopinée vint titiller le bas du pantalon d’Umbriel, sorcier de son état. Il baissa son long visage pointu, aux dents crochues, aux yeux d’or en fusion et aux pupilles de serpent vers la petite fille qui tirait son pantalon.

Et là s’opéra le fait habituel, un étrange phénomène auquel le maitre des ombres avait fini par s’habituer mais toujours aussi étrange…

Il ne faisait pas peur aux enfants.
Les adultes, murs, âgés, le craignaient. Les adolescents lui trouvaient un physique louche. Les parents retiraient leur progéniture de cette personne qui semblait enfantée des diables et des démons.
Mais tout être vivant âgé de moins de 7 ans semblait n’éprouver aucune crainte envers lui. Pourtant, ce n’est pas faute, au début, d’avoir essayé d’être intimidant, mais rien n’a fonctionné. Avec le temps, Umbriel finit par laisser les choses se faire.
Qui plus est, il aimait bien les enfants.

Néanmoins, avant qu’il ne puisse prendre la parole, une tête blonde se releva de derrière ses jambes (qui semblaient avoir désormais l’importance d’un obélisque dressé sur la route de deux personnes), et déclara solennellement :

« Une inconnue jaillie du brouillard, plus petite que moi et plus brune que moi ! Qui es-tu, petite chose ? »

La gamine se releva, sa robe bleue contrastant fortement avec l’immensité rose bonbon de son interlocutrice. On aurait dit une petite guimauve surmontée d’un nappage chocolat. Néanmoins, Umbriel releva de ses doigts fins la frimousse, afin de s’assurer de quelque chose.
*Foutredieu, c’est la princesse… Voilà bien ma veine* songea Umbriel. Car malgré le fait qu’il n’était en ville que depuis quelques jours, et au château depuis seulement hier, la réputation de la petite fille avait déjà fait son chemin jusqu’à ses oreilles.

Avec un grand sourire, pourtant, il déclara à sa fille :

« Wendy, soit polie, tu es en présence d’Alyce Arthaer, Princesse d’Onyx.
- Une princesse ?! Pourquoi alors tu n’as pas de diadème ? » déclara Wendy toute excitée, et abandonnant temporairement ses humeurs moribondes et son attitude très spleen pour redevenir une gamine neuf ans.

Une odeur de brûlé remplit l’atmosphère. Umbriel se désintéressa des deux petites filles qui se dévisageaient, et tourna la tête vers son autre bambine qui tentait apparemment de s’attaquer à quelque chose de…

« Willow ! Pas les arbres, je te l’ai déjà dit. Viens ici, nous avons de la visite ! »
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MessageSujet: Re: Jeux d’enfants [Alyce Arthaer]   Mar 25 Mar - 18:31

Alyce ne prit pas peur face à ce grand bonhomme qui lui faisait obstacle, bien au contraire. Peut-être deviendra-t-il un nouveau compagnon de jeu ? Son regard de saphir se posa un moment sur la petite blondinette en face d'elle, qui avait eu l'audace de lui demander qui elle était. Allons donc, tout le monde savait qui était Alyce, enfant adorée de l'empereur Sennar, d'où venait-elle pour ignorer qui elle était ? Alors qu'elle ouvrit la bouche pour l'informer de son digne rang et du sang royal qui coulait dans ses veines, le géant avança ses longs doigts et s'empara de son visage par le menton.
La fillette se laissa docilement faire alors que l'inconnu lui inspectait le visage. Et d'ailleurs, tandis qu'il s'assurait de son identité, elle en fit de même. Face à elle se dressait un homme qui lui semblait immense, et dont le visage était incroyablement fin, et pourtant sec. Cette allure amusait quelque peu la petite fille, elle qui avait un visage si rond et rose. Ce grand homme l'intriguait. Elle ne l'avait jamais vu auparavant, et pourtant il était si particulier, physiquement parlant, avec sa grande taille toute fine, ses yeux étranges, et pourtant très beaux elle devait se l'avouer. Elle eut même, pendant un petit instant, envie de tendre ses petites mains vers lui et de lui toucher le visage. Sa peau semblait tellement blanche, était-il froid comme l'étaient ses poupées en porcelaine? Telle était la question, et Alyce se jura qu'un jour, elle arriverait à toucher ce visage et sentir cette peau si fascinante sous ses petits doigts.

- Une princesse ?! Pourquoi alors tu n’as pas de diadème ? »

Dans un duel intense de regard avec son grand interlocuteur, Alyce mit un peu de temps à comprendre que la jeune fille aux cotés de grand homme s'adressait à elle. Et, par simple question d'éducation, la fillette attendit sagement de voir si l'adulte allait encore une fois répondre à sa place, même si cela l'agaçait fortement. Depuis toute petite, encore plus petite que maintenant, elle détestait lorsque quelqu'un, un adulte le plus souvent faute d'avoir des compagnons de son âge, prenait la parole à sa place, comme si elle n'était pas capable de répondre toute seule.
Finalement, Alyce put enfin répondre alors que le grand homme dirigeait son attention ailleurs.

- Les grands ne veulent pas que je le mette, sauf quand il y a un bal, ou quelque chose comme ça. Ils ont tous peur que je le casse, ou que j'y mette encore le feu parce que je ne suis pas contente."

Bon, d'accord, Alyce était un peu gaffeuse. Un peu beaucoup même. Jusqu'à maintenant elle en était à son troisième diadème, les deux autres ayant pris une teinte noire et étant devenus tout poussiéreux, ses excès de colère et ses caprices étant souvent les causes de ses débordements magiques, très souvent par le feu.
Après cette réponse forte courtoise, son regard se posa sur la troisième jeune fille qui arrivait. Oh, ça c'était amusant, elle était le parfait contraire de l'autre fillette. Un peu comme Alyce et son frère Nahel. Elle qui avait les cheveux tellement noirs, son frère avait la tête du parfait petit ange, avec ses cheveux blonds. Un petit sourire malicieux se dessina sur les lèvres de la petite impératrice. Qu'avait elle en tête ? Ça, personne ne peut le savoir...
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MessageSujet: Re: Jeux d’enfants [Alyce Arthaer]   Jeu 3 Avr - 7:52

Le rire cristallin et un peu froid de la blonde s’éleva dans les airs, tandis qu’Umbriel, géant parmi ce conclave lilliputien, tâchait de se faire oublier, perdu dans ses pensées. Wendy, le visage éclairé par un sourire et un rire qui ne lui ressemblait pas beaucoup, déclara :
« La flamme des émotions à l’air d’être d’une grande passion chez toi ! Tu t’entendras bien avec Willow. C’est ma petite-sœur, regarde, elle arrive ! »

Effectivement, sortant du brouillard toujours aussi épais, la petite fille pyromane s’approchait de sa démarche bondissante. A la vue de la nouvelle venue, cette dernière s’approcha encore plus vite, des petites flammèches dansant derrière elle.
« Bonjour ! » s’exclama-t-elle. « Tu viens jouer avec nous ? »
Il était vrai, comme le pensait la petite Alyce, que Willow lui ressemblait beaucoup, avec ses cheveux ailes de corbeau. Néanmoins, la coiffure et les vêtements étaient des plus différents : la fille adoptive du sorcier portait des tresses longues et une jupe à pois qui aurait été des plus incongrues sur une fille du statut de la princesse.

« Willow… » Commença son père « Tu laisses du feu derrière toi. Maitrise tes émotions, où tu vas mettre feu au palais.
- Oups ! Désolé papa… » La petite fille prit un air penaud.
- Je vais réparer tout ça, ne t’en fais pas. Allez donc vous amuser, le parc est vaste, et par ce temps il ne fait aucun doute que vous allez faire d’intéressantes rencontres. »
Wendy prit un air théâtral et déclama : « Oui, les mystères de la brume sont complets. Le soleil joue à cache-cache avec les nuages, alors, pour nous aussi, il est l’heure de jouer. Princesse, nous accompagneriez-vous dans cette exploration des plus excitante ? »

Pendant ce temps, le sorcier récemment promu au rang de Conseiller d’Onyx, directement lié à l’Empereur, avait fait apparaitre d’un demi-tour de la main deux petites créatures toutes noires et toutes rondes, semblables à des gnomes ventripotents, qui, sautillantes, allaient écraser leur bide sur les flammes pour les éteindre. Dans le lointain, si le brouillard n’avait pas été aussi dense, on aurait pu aussi voir un bras fait de pures ténèbres s’enrouler autour de l’arbre en combustion, qui privé d’oxygène s’éteignit aussitôt.

Mais cela étant loin de focaliser l’attention des deux filles d’Umbriel : si il y avait dans le monde des enfants qui craignaient moins la magie que tous les autres, c’était sans aucun doute ces deux-là. Les petites filles, maintenant complices, tendaient leur cou vers une allée bordée de hautes haies qui se perdait dans l’horizon et le brouillard. Willow, plus énergique, faisait de grand signes à Alyce : « Viens Alyce, viens ! On va bien s’amuser ! »
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MessageSujet: Re: Jeux d’enfants [Alyce Arthaer]   Ven 11 Avr - 15:03

Dans un petit instant d’inconscience pure, la fillette eut envie de tendre la main pour toucher les trainées de flammes que faisait la plus jeune des soeurs, juste histoire de savoir si il s'agissait de vraies flammes ou si ce n'était qu'un sort d'illusion. Mais malheureusement, avant même qu'elle ne mette son plan à exécution, des petits diablotins rondouillards virent rebondir sur les flammes pour les éteindre.
La voix de la plus vieille des soeurs, Wendy nous semblerait-il, ramena Alyce à la raison, raison évidemment limitée en vue de son jeune âge.

«  Princesse, nous accompagneriez-vous dans cette exploration des plus excitante ? »


Un grand sourire se dessina sur le visage rosé de la petite princesse quand ses nouvelles copines lui proposèrent de jouer. C'était bien la première fois qu'on lui demandait de jouer, elle qui a l'habitude de passer ses journées seule depuis que son frère subissait l'éducation spécial "futur empereur".
La petite impératrice hocha joyeuse la tête, ce qui fit bouger son noeud-noeud qu'elle s'embêta à remettre en place en grommela sur l'inefficacité de sa nourrice à la coiffer correctement, tandis que les deux autres fillettes s'en allaient déjà joyeusement, se mêlant dans les immenses allées du jardins, chacune séparées par de grandes haies dont Alyce ne voyait jamais le bout, la faute à sa petite taille.

« Viens Alyce, viens ! On va bien s’amuser ! »

Sans se faire prier, la petite s'exécuta. Elle hésita cependant avant quant au sort de sa peluche, un lapin blanc avec un veston rouge, qu'elle tenait dans sa main depuis le début -son inséparable, aussi misérable était-il devenu depuis le temps.
Finalement, elle décida de le déposer sagement sur le rebord d'un parterre de fleur, et le laissa là après lui avoir ordonné d'une façon qu'elle voulait autoritaire de rester tranquillement ici en attendant qu'elle revienne. Sur cet acte purement enfantin, et qui pouvait paraître ridicule aux yeux des adultes, la petite fille disparut dans les allées de haies baignées dans la brume oppressante, laissant Umbriel seul avec lui même après s'être retourné vers lui une dernière fois pour voir ce qu'il faisait.
Et ainsi, commença un petit jeu de cache-cache entre les trois fillettes. Ne prêtant pas attention à ses collants blancs qu'elle était en train de salir à coups de traces de terres et d'herbe, Alyce s'amusait à se cacher sous telle ou telle haie, non sans enflammer une petite branche de temps en temps, ne maîtrisant pas encore son pouvoir.
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MessageSujet: Re: Jeux d’enfants [Alyce Arthaer]   Dim 20 Avr - 8:04





Wendy et Willow s’étaient dispersés. Le brouillard englobait tout. Bien vite, Alyce se retrouva seule, n’entendant que le rire des deux autres petites filles. Chacune dans une allée, les filles d’Umbriel courraient à en perdre haleine, se cachant d’on ne savait trop quoi.
Willow s’était glissée, dans une magnifique roulade, sous le couvert d’augustes épineux. Sa robe, déchirée par les ronces, laissait derrière elle de multiples lambeaux qui tombaient en cendre grisâtres, emportées par le vent. Rampant, elle arriva près d’une sorte de petit trou, et s’y glissa dedans. Ses yeux noisette fixaient le brouillard… C’est alors qu’elle avisa une silhouette mouvante, de la taille d’une petite fille…

Wendy, elle était partie vers les bosquets. Ses petits chaussons bleus ne faisaient aucun bruit sur l’épais tapis de feuilles. Les haies taillées pour représenter animaux, illustres personnages ou motifs géométriques défilaient à ses côtés. La petite fille, le sourire aux lèvres, serrait dans ses mains une fleur. La fleur qu’elle avait enlevée de ses cheveux.

« C’est l’heure de jouer, Abigaël… Quoi… Tu es timide ? »

La petite bourrasque de cheveux blonds tourna dans une allée, pénétrant sous le couvert de quelques arbres. Des lapins innocents rôdaient dans les environs, et un vieil homme taillait les fleurs, à quelques mètres de là.
« Ne t’en fais pas Abigaël. Il est gentil. Tu peux sortir maintenant. »
Un frisson surnaturel parcouru le vieillard. Ses vieux os lui faisaient mal. *Fichu temps* pensa-t-il. Il se retourna, et avisa une gamine blonde qui le regardait de deux grands yeux bleus innocents.
« Tu es perdue ? » Demanda-t-il poliment. Elle était bien habillée, ce devait être une fille de noble. « Je peux te raccompagner si tu veux.
- Je cherche Abigaël monsieur. C’est ma sœur jumelle. Vous ne l’auriez pas vu ?
- Non, désolé petite… Je ne l’ai pas vue.
- Vous en faite pas. Elle va bientôt venir. Faut juste l’appeler.»
Du givre se forma sur le sol…

Willow roula sur Alyce. « J’te tiens ! » dit-elle. C’est alors qu’on entendit un gémissement, porté par le brouillard.
« Oh oh » dit la petite fille brune à sa consœur aux joues rebondies. « Wendy a encore joué… »
Elle se retourna l’air un peu penaud vers sa nouvelle amie. « On devrait aller voir, avant que papa ne nous trouve, ou on va se faire gronder »
Sans attendre l’avis de sa nouvellement formée camarade, Wendy se mit à courir, à nouveau.
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MessageSujet: Re: Jeux d’enfants [Alyce Arthaer]   Ven 25 Avr - 18:27

On pouvait ainsi voir une petite fille aux cheveux de corbeau glousser, aussi calmement qu'elle le pouvait -autant dire qu'elle était quand même bruyante- en se cachant sous divers buissons ou bancs en pierre. Tous les sens à l’affût, Alyce guettait le moindre petit son de frottement de vêtements ou de craquement de petit bois. Mais, n'entendant rien, la petite princesse se jeta sous un autre buisson, et se remit à tendre l'oreille, telle un suricate surveillant son trou. Ce petit manège dura ainsi quelques minutes, jusqu'à ce que finalement, dans un moment d'inattention, une tornade brune se jeta sur elle.

« J’te tiens ! »
C'était Willow, qui se tenait à présent sur Alyce, projetée doucement par terre. Les cheveux mêlés à l'herbe un peu humidifiée par le brouillard, la fillette ria franchement, de son petit rire si particulier et unique aux enfants de son âge.

"Zut, j'ai perdu !"

Et tandis que Willow constata que sa soeur venait de faire quelque chose qui visiblement était mal, la petite impératrice se leva pour tapoter sa robe -voyons, se rouler ainsi dans l'herbe n'était pas digne de son rang.
Retirant définitivement son noeud-noeud de ses cheveux, qui était décidément bien peu pratique pour jouer, Alyce regarda sa nouvelle copine s'éloigner après avoir dis quelque chose à propos de jouer, de papa et de gronder. Après avoir râler quelques instants parce que Willow ne l'avait pas attendue, Alyce s'élança à sa poursuite, curieuse de savoir ce que Wendy avait bien pû faire qui pourrait contrarier leur père.
Telle ne fut pas sa surprise en voyant le jolie tableau que la jeune blonde venait de faire. Oh, le jardinier ! Visiblement il n'était pas en très bon état là, étendu sur le sol et le teint pâle. Durant un petit instant, la fillette brune se fit la réflexion que c'était bien dommage pour lui, lui qui lui offrait souvent des petites fleurs qu'il venait de couper dans la journée quand elle le croisait, durant ses parties de cache-cache avec le personnel du château. Son regard se leva ensuite pour se poser sur Wendy. Quoique, d'ordinaire, Wendy avait des pieds et ne flottait pas dans les airs comme ça.
La petite princesse promena ainsi son regard sur Wendy, pour sur la seconde, puis à nouveau sur la première, et ainsi de suite, cherchant désespérément à comprendre de quelle type de magie il s'agissait. Illusion sans doute ?

Alors qu'elle entendait au loin les pas du grand bonhomme -c'était quoi son nom déjà ? Maintenant qu'elle y pensait, elle ne savait même pas comment il s'appelait - , Alyce leva son petit bras en guimauve et pointa son doigt sur la fille fantôme nouvellement venue.

"Tu es qui toi ? Pourquoi tu n'es pas venue avant ?"

Les pas d'Umbriel se faisaient de plus en plus proches, mais elle ne décrocha pas cependant son regard azuré du fantôme. A ceux qui se demanderait si elle en avait peur, la réponse était non. Une fois seulement Alyce avait eu peur dans sa vie, c'était en voyant le fantôme de sa défunte mère. Après avoir vu cela à un âge si jeune, on est capable de tout voir.
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MessageSujet: Re: Jeux d’enfants [Alyce Arthaer]   Dim 4 Mai - 9:00

L’être immatériel s’élevait, au-dessus du corps inanimé du jardinier. Ce dernier, croulant sous l’âge, n’avait pas pu résister à la torpeur qui s’était emparée de lui, lorsque son sang, carmin et chaud, avait commencé à couler sur la glace froide qui couvrait le sol.
Wendy tendait la main, tendrement, vers sa sœur. Le fantôme, avec un sourire sage, la lui pris gentiment, et l’espace de quelques secondes elles se retrouvèrent comme si elles avaient juste été séparées il y a peu de temps.

Puis, Wendy lâcha la main de sa sœur, et perdit son air de petite fille normale pour regagner son aspect hautain, intellectuellement trop développé et légèrement moribond. Quant au fantôme, les nouvelles venues avait attiré son attention.

« Je. M’appelle. Abigaël »
Sa voix n’était qu’un murmure, mais pourtant parfaitement audible quelle que soit la distance où l’on se trouvait d’elle. Glissante, elle se faufila dans le vent, les feuilles mortes la traversant comme si elle était aussi consistante que la brume omniprésente, pour aller se placer face à Alyce qui la défiait du regard, d’un air de courroux divin propre à l’enfance.
« Je. M’excuse. Du. Retard »
Un petit sourire joua sur les lèvres immatérielles. Wendy s’inclina prestement devant leur invitée surprise.
« Je suis désolée, Abigaël ne peut venir que si on l’invite correctement. Elle est très timide, vous savez ? Mais c’est bon, maintenant elle va jouer avec nous aussi ! Même si je me suis bien amusée, déjà ! » Elle partit dans un rire semblable au son d’une flute traversière exécutant quelque triple note haute perchée. Puis finalement ce fut Willow qui reprit la parole, la petite pyromane parlant de sa voix plus vive et plus grave, plus colorée.

« Wendy ! Papa arrive ! Et on risque de se faire disputer pour ça. Courrons !
- Venez Alyce, renchérit Wendy. Nous allons faire un cache-cache contre papa. Ce sera un défi à notre hauteur. »

Lentement, courant bien moins vite que pour leurs jeux d’enfants, elles s’éloignèrent de la preuve de leurs méfaits, le corps couvert d’une petite pellicule de givre et de neige, et s’enfoncèrent dans les fourrés.

Le parc était bien plus dense ici. Les jardins du Palais d’Onyx étaient notoirement grand, remplis de buissons de roses rouges aux épines acérées, de labyrinthiques enchevêtrements d’arbres et de haies taillées, clairsemées de fontaines en obsidienne où dansait de l’eau claire. Avec le brouillard, le lieu devenait véritablement un dédale incompréhensible où même un minotaure aurait eu du mal à se retrouver.

« Connaissez-vous un endroit où se dissimuler, votre altesse ? » demanda Wendy tandis que, furtives, le groupe de quatre petites filles dont une déjà morte se faufilait entre les feuillages.

Assez éloigné de là où elles étaient, mais pas trop, Umbriel se penchait sur le prochainement cadavre du jardinier. Il ne maitrisait pas les arts de la guérison, volés et remplacés par d’autres talents moins utiles à autrui. Conjurant à travers les ombres un serviteur invoqué, il fit ramasser et porter le blessé aux bords du jardin. Si le destin le voulait, peut être l’homme serait-il sauvé par quelqu’un de passage.
Le regard d’or en fusion, perçant les subterfuges, les ombres et la nuit, se focalisa sur le sol, le ciel, le lointain. Puis, suivant à la trace les petites pestes responsables de tout ce désagrément, il commença à marcher à grandes enjambées…




Précision:
 
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MessageSujet: Re: Jeux d’enfants [Alyce Arthaer]   Sam 10 Mai - 22:37

La petite Alyce ne détourna pas son regard de la troisième soeur, face à elle. Avait-elle remarqué son corps flottant et son aspect transparent ? Evidemment, Alyce était jeune, mais elle n'était pas stupide! Lorsque la troisième soeur, répondant au doux nom d'Abigaël, la petite princesse fit une petite révérence, pas aussi soignée que celles qu'elle faisait face à des figures plus importantes dans le château bien sur, mais assez pour montrer son rang, et son éducation qui résultait de nombreux bras de fer entre elle-même et l'autorité.

Son attention fut cependant détourné lorsqu'on évoqua une seconde partie de cache-cache, mais avec le grand bonhomme qui était leur père, cette fois. Une lueur espiègle s'alluma dans le regard de la jeune impératrice, qui répondait toujours présente aux invitations de jeu. Tandis que les quatre fillette s’enfuyaient déjà pour échapper au vilain courroux d'Umbriel, Alyce répondit à la question précédemment formulée par Wendy par l'affirmative, affichant un grand sourire tout en se faufilant sous les épais buissons, dont certains étaient couverts d'épines.

-Des cachettes j'en connais plein, je n'ai jamais eu le droit de sortir du château, alors j'ai été obligée d'en chercher.

Ce qu'elle fit ensuite était une chose qui sortait de l'ordinaire, et qu'elle ne faisait jamais habituellement en présence d'autres personnes. Mais bon, aux grands maux les grands moyens ! La petite brune au sang bleue dirigea la petite troupe vers un coin sombre du château à plusieurs dizaines de mètres de la petite bêtise, et se pencha vers un trou, certainement un terrier de lapin. De sa petite voix fluette, elle appela un certain "ami lapin", qui ne tarda pas à faire son apparition. Un petit lapin blanc, tout mignon, qui fixait Alyce avec ses grands yeux. La petite fille l'attrapa et le présenta à ses amies.

-Il m'aide à chaque fois à me trouver des cachettes quand je ne veux pas me faire attraper par ma nourrice.

Sur ces mots, Alyce reporta son attention sur le petit animal qui se laissait faire docilement. Lui caressant la tête tout doucement, elle ne le quittait pas des yeux, ne prononçant plus rien.
Que faisait-elle ? La réponse est toute simple, elle communiquait avec ce petit animal, qu'elle qualifiait d'ami à force de "parler" avec lui régulièrement.
Finalement, elle déposa l'animal sur le sol, animal qui ne tarda pas à s'agiter et à se diriger vers une direction inconnue. Sans hésitation, Alyce le suivit, après avoir fait signe aux trois heures jeunes filles d'en faire de même. Quelques minutes après, le petit groupe arriva dans une sorte de petite forêt qui longeait les jardins du château,et qui semblait pourtant immense pour ces jeunes enfants. Elles se cachèrent ensuite dans un trou qu'avait creusé une énorme racine d'arbre, trou qui correspondait parfaitement à leur taille respective. Cependant, un bruit de craquement de bois qui sursauter la petite Alyce, qui fit flamber un buisson rempli de fruits sauvages.
Pour la discrétion, elle repassera.
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MessageSujet: Re: Jeux d’enfants [Alyce Arthaer]   Lun 12 Mai - 9:35



Il y a une intensité dans la curiosité et la concentration des enfants que la plupart des adultes ne peuvent pas imaginer. On n’aurait pu trouver silence plus religieux que celui que firent Wendy et Willow tandis que leur nouvelle amie prenait délicatement le lapin entre ses mains et entamait une conversation silencieuse. Même Abigaël fit taire le chuintement habituel qui accompagnait ses mouvements.
Il fallait dire aussi que l’attention que portaient les gamines aux animaux était d’ordinaire très limitée. Willow avait tendance à les ignorer purement et simplement, même quand ils détalaient devant ses incendies, Abigaël était morte et donc n’avait pas beaucoup de relations avec ces derniers, quand à Wendy, son intérêt était porté sur d’autres aspects bien plus cruels de leur condition…

Et pourtant.


« Il est trop mignon ton lapin ! » déclara Willow, ses grands yeux écarquillés. Comment expliquer cette réaction de la part de la pyromane ? Peut-être était-elle plus enfant que ce qu’elle y paraissait.

Tandis que, guidées par Alyce, elle-même guidée par un petit lapin blanc (portant montre à gousset et redingote ? Ou bien est-ce une autre histoire ?), les gamines s’élançaient à toute allure dans les rangées du parc, soudainement bien moins discrètes alors que c’était là même leur but premier (force des contradictions de l’enfance, qui ne font pas les choses juste parce qu’ils devraient les faire, et qui les font juste parce qu’ils ne devraient pas le faire) ; un observateur extérieur aurait pu noter que, des vêtements propres et élégants qui leur avaient été attribuées avant leurs jeux innocents, il ne restait que des lambeaux déchirés par les épines des broussailles, crottés par la boue du jardin et mouillés par la rosée et la brume qui humidifiait tout l’environnement. Seule Abigaël semblait encore parfaitement propre, mais elle trichait un peu étant donné qu’elle était absolument et parfaitement intangible.
Ce n’est qu’après de nombreux zigs et tout autant de zags que, écartant les branchages du petit bois (immense aux yeux des enfants) central des parcs Onyxiens, Alyce désigna la cachette promise.

« Merci lapin ! » déclara tout de même la petite fille blonde tandis qu’ils suivaient le petit animal bondissant dans la tanière naturelle.

Il fallait dire que la science de la boule de poil blanche était plus que spectaculaire : en quelques instants à peine il leur avait dégoté une petite cachette idéale pour trois enfants. Abigaël, quand elle, ne s’embarrassa pas de trou : elle pénétra purement et simplement dans le tronc d’arbre, son corps transparent et entier disparaissant sous l’écorce.
Willow et Alyce se tassèrent d’un côté, leurs cheveux bruns s’emmêlant en un joyeux désordre, et les deux petites filles, si proches par leur aspect et par leurs pouvoirs échangèrent un regard complice.
Un peu plus réticente à s’engouffrer dans un trou inconnu et gluant, Wendy y glissa une jambe prudente, puis une autre, et se tassa dans un coin, en grommelant quelque sentence tirée de ses livres, comme
« Entre les racines de l’arbre se tenait un crapaud qui en dévorait l’âme et l’essence, et qui gardait une clé en or dans les profondeurs de son estomac, et Pan lui-même ordonna à la princesse d’aller tuer la bête ». Une sorte de silence pesant s’installa alors, troublé par les respirations rapides des petites filles, entrecoupées de gloussement lorsque Willow osait jeter un regard à l’extérieur de la cachette, et se rabattait aussitôt.

Pendant ce temps, un homme vêtu d’un costume impeccable, aux cheveux gominés rabattus en arrière pour dévoiler son front haut et fier, marchait à pas vif à travers les contres allés. Il lui importait peu des bêtises de Wendy et d’Abigaël, les blessures d’un être humain comptant peu par rapport à l’éducation et la croissance magique de sa fille adorée. Mais il savait qu’ici, en territoire inconnu, il fallait faire profil bas, et n’escomptait pas  que sa missions soit gâchée par les facéties de son aînée. Il lui fallait récupérer les filles, et s’en aller.

Néanmoins, son esprit sombre et remué en permanence par la profondeur dévorante de son ambition trouvait quelque accord, pour une fois, avec la part encore un peu lumineuse en lui. Wendy et Willow avaient l’air de bien s’entendre avec la fille de l’Empereur. Certes, elle n’était pas destinée à régner, son frère écopant de cette tâche dans l’avenir, mais un lien proche avec un membre de la famille royale d’Onyx serait plus qu’avantageux. Et le bonheur de ses filles, si important à ses yeux, semblait très bien s’accommoder de cette nouvelle présence au sein de leur petite famille. Peut-être… Peut-être pourrait-il faire en sorte qu’elles se voient plus souvent. Elles étaient toutes trois humaines, après tout, en un battement de cil elles deviendraient adultes, et seraient responsables, et reconnaissantes de ce qu’il avait fait pour elle. Certes, il faudrait attendre dix ans, peut être quinze. Mais qu’est-ce qu’une durée aussi insignifiante vis-à-vis  de son existence aussi longue que celle des chênes ou des montagnes ?


« C’est le temps qu’a duré notre bonheur, mon amour » lui susurra une voix dans son esprit. Un chuchotement, à peine murmuré, à peine perceptible, dans son oreille, venant de quelque chose juste derrière lui. Umbriel se retourna vivement, perdant temporairement la trace des petites filles.
« Ce n’était pas ma faute, Lucinda ! Tu le sais bien !
- Tu y as mis fin… »
La voix revenait de derrière lui. La brume. La brume était comme les ténèbres : elle était faite de mystères, de discrétion, de choses glauques rôdant en son sein. Un endroit parfait pour Lucy.
« Je ne t’ai pas convoqué » siffla le sorcier entre ses dents.
« Tu l’as fait… Avec ton cœur… Avec tes souvenirs…
- Non ! Retourne d’où tu viens ! Retourne dans le monde qui est le… ah ! »
Une vive douleur jaillit dans le dos d’Umbriel. Ses vêtements n’étaient pourtant nullement déchirés, mais sous les tissus, sous le manteau, quatre marques de griffes acérées avaient tracé leur dû sur la chair du sorcier.
« VA-T’EN ! » Hurla-t-il cette fois ci. Une vague de puissance magique souffla, comme s’il avait été soudainement l’épicentre d’un ouragan violent. La brume s’envola tout autour de lui, faisant bruisser les arbres, fuyant devant lui comme s’il avait été l’incarnation de la terreur. Les branches et les feuilles sur le sol s’écartèrent de sa fureur, poussées par le souffle de sa magie, craquant comme un squelette marchant dans les bois.

Et un buisson s’embrasa.

Umbriel le considéra d’abord avec étonnement. Avait-il perdu le contrôle de sa magie ? Il regarda vivement ses doigts d’un air curieux, son regard d’ambre se fixant une demi-seconde dessus avant que sa raison ne reprenne le dessus : impossible. Il savait maitriser tous ses pouvoirs, et encore plus son pouvoir inné, son sang lié aux flammes et à l’air.
Non, une seule explication…
Son regard d’or en fusion glissa le long du sol, puis remonta le long de l’écorce d’un énorme arbre, aux racines proéminentes. Perçant la noirceur, et l’obscurité, il y distingua quelques formes tassées.
Ses yeux, néanmoins, retournèrent d’abord sur la plante chétive qui continuait de se consumer. Les flammes léchaient les branches, glissant autour d’elle, comme dansantes, mais ne se propageaient pas. Fascinant. Cette magie n’était pas celle de Willow qui était beaucoup plus sauvage, beaucoup moins contrôlée… Et Willow avait une aura bien moins puissante que celle de cette magie là.
C’était bien plus qu’intéressant.


En un mouvement vif comme l’éclair, il se déplaça, se téléportant quasiment, juste devant le trou. Baissant son visage comme celui d’une créature de contes et légendes, son corps se pliant en deux comme celui d’un phasme, il déclara, tout sourire :
« Je vous ai trouvé !
Allons, sortez de là. Je ne suis pas en colère. Au contraire. Je suis plus que satisfait. Je suis très très très content de vous trois. Abigaël, jaillit de cet arbre aussi, tu es en train de le faire mourir de froid. »


Le maitre des ombres se redressa, et s’éloigna un peu de l’entrée, laissant les trois filles s’extirper des racines et le fantôme sortir de l’arbre. Umbriel les regarda tous les trois.
« Je vois bien que vous vous amusez bien ensemble. Hélas, Princesse Alyce, il faut que vous sachiez que Willow et Wendy vont devoir bientôt partir en Argent avec moi… »
Une protestation commença à s’élever, mais il y coupa court d’un main vive levée.
« Elles doivent venir. Mais, à mon retour, je serai très heureux que vous jouiez toujours ensemble. En fait, je ferais savoir à l’Empereur que maintenant, Alyce, je m’occuperais de toi, à la place de ta préceptrice qui, j’en suis sur, doit être d’un ennui mortel. Je t’apprendrais la magie, et tout ce que tu dois savoir d’intéressant. Et tu verras Willow et Wendy tout les jours, puisque elles sont déjà mes apprenties, pas vrai les filles ?
-Oh oui papa ! Tu es un très bon professeur ! s’exclama Willow. Viens Alyce, ce sera amusant, on sera comme des copines d’école ! »

Wendy regarda Alyce, puis son père, comme prise par une vision. Néanmoins, si elle remarqua quelque prophétie dans la destinée à venir de la princesse, elle ne pipa mot. Elle répondit :

« Alyce, notre père est un très grand magicien. Il t’appendra beaucoup. Et j’aime ta compagnie. Peux-tu accepter sa proposition ? Père discute souvent avec l’Empereur, et je suis certaine que s’il dit que tu peux venir apprendre avec nous, alors l’Empereur ne discutera pas cette décision. S’il te plait, ça me ferait vraiment très plaisir. »

Le maitre des illusions croisa les bras minces sur son torse pointu, et darda son regard jaune aux pupilles fendues qui ne cillait quasiment jamais sur la petite Alyce, en robe rose toute tâchée, salie, déchirée. Avec un petit sourire sur les lèvres, il attendit sa réponse, même si son esprit retors l’avait déjà envisagé, conçue, exprimée, et en avait tiré toutes les conclusions et tous les plans à long terme qui s’en suivraient.
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